Chapitre 12. Le Docteur, Capitaine Dan, Pascal et cie

ll y a quelques années, un parfait étranger de la marina de Cap À L’Aigle nous a généreusement prêté sa voiture…

 

-J’ai un voilier dans la marina. Je vous ai vu arriver et vous mettre à quai aux petites heures du matin. Vous devez avoir faim, besoin d’aller à l’épicerie. Tiens, prenez ma voiture dans le parking.
-Wow…c’est vraiment trop gentil!!!???
-Faut juste pas utiliser le break à bras. Je m’en suis pas servi depuis bien des années…Je sais pas pantoute si y marche encore.
-Merci beaucoup, monsieur! On ne sera pas long. Oh! On demande quel nom pour vous retrouver et vous redonner votre clé?
-Tout le monde par ici m’appelle : le Docteur.

 

Ensuite, il nous a donné ce conseil judicieux:

 

-Chers enfants, achetez-vous tout ce qu’il vous faut pour être heureux.

 

Dans sa voiture, il y avait un vieux post-it rose collé au frein à main. On pouvait y lire en crayon noir gras NON. On était clairement pas les premiers à qui il prêtait sa voiture.

 

Durant nos vacances d’été, à Contrecoeur, le maître de port de la petite marina a dit à Sam:

-Du diesel? Dans le boutte?! Nahhhhh….Tu trouveras pas ça proche d’icitte. (Il parlait avec une voix une vrai voix de pirate.
-Aucune station diesel près d’ici? Du tout?
-Pantoute.
-Ok… Notre prochain arrêt c’est Longueuil ou Montréal. On a assez de diesel pour se rendre, mais tout juste. Si on a un pépin et qu’il faut faire plus de milage, on va être mal pris.
-J’peux te prêter mon pickup. Tant que tu r’viens avant la fin de l’après-midi, va te chercher ton diesel.
– …Oh, c’est vraiment top de ta part, mais on voudrait pas abuser de ton pickup pis partir pour une longue run.
-Ah ok? t’en a besoin pour longtemps? Ben écoute… je peux te prêter un diable à’ place si tu veux. Ça c’est certain que tu peux me l’ramener demain.
-Un diable? … eeee… Je suis pas trop sûr de suivre. Je pensais qu’il n’y avait pas pantoute de diesel à Contrecoeur et qu’il fallait aller dans la prochaine ville?
-Le diesel est à 5 coins de rue d’icitte. C’est quand même long avec un jerrican plein. Mais si tu te sens pas à l’aise de prendre mon pickup, j’te laisse mon diable. Tu choisis!

 

Sam et moi on se regarde, confus, surpris mais plutôt heureux du dénouement.

 

-Le pickup va être parfait…comment on t’appelle?
-Appellez-moi Capitaine Dan. En passant, la ceinture du conducteur clip pu…fais juste faire a semblant d’être attaché pi ça va t’être correct.
-Oh…okkk…
-Et pi en passant aussi, ya une douche dans le sous-sol de ma maison. Si vous voulez vous en servir pour vous ou les enfants.

 

Qu’est-ce qui est pire: en danger pas attaché dans un vieux pickup rouillé mal entretenu ou en sécurité dans la douche d’un parfait étranger… Sam répond rapidement:

-…non merci, juste le pickup ça va être parfait, Capitaine Dan!

 

Quelques jours plus tard, à Valleyfield, Pascal, notre gentil voisin de quai à la marina nous a montré tous les beaux endroits du coin pour se mettre à l’ancre sur le Lac St-François.

 

-Je faisais de la voile avec mes enfants quand ils étaient jeunes. Je sais comment ça peut être compliqué de s’approvisionner avec une famille. Je n’ai pas de siège pour bébé, mais si vous avez besoin d’une voiture, j’ai la mienne que je vous prête avec grand plaisir.
-Oh wow! On est vraiment touché! C’est tellement gentil. C’est certain qu’on pourrait en profiter pour aller chercher des épingles à linge et faire l’épicerie. Si votre offre est sérieuse, on accepterait volontiers.
-Bien sûr que oui Sam! Tu donneras au suivant un de ces jours.

 

Une semaine plus tard, à Valleyfield de nouveau, nous nous installons à l’ancre. Sam décide de remplir la bonbonne de propane. Il quitte avec la bonbonne attachée sur le dos en zodiac d’abord. Ensuite, il a un trajet de 10 km aller-retour qui l’attend. Lorsqu’il arrive finalement chez Lou-Tec :

 

-Je voudrais remplir cette bonbonne svp.
-Quel genre de bonbonne que c’é ça?
-En fibre de verre. C’est pour mon bateau.
-Pi de quel endroit t’arrive avec ça sur le dos? demande l’homme à Sam.
-De la baie à côté de la marina.
-LA MARINA!?? À PIEDS!!!!???
-Ben comme tu vois, oui.
-Non non non… il se tourne vers son collègue. LOUIS!!! E’r’garde ça! Le jeune dit qu’il arrive de la marina!!!
-Qu’est-ce que tu dis Bob? Il arrive de la marina?
-Oui : à pieds.
-Ben voyons donc toé! Et pis tu t’en va où comme ça après? demande Louis, qui n’est pas tout à fait le crayon le plus aiguisé de la boîte.
-Et bien… à la marina. réponds Sam qui commence à être un peu tanné.
-QUOI!!!! À LA MARINA???!!! À PIEDS!?? T’es pas ben toé!

 

***
Bob et Louis n’ont pas offert de ramener Sam ou de prêter une voiture, ce qui est parfait en soi. Mais aussi un peu surprenant considérant leur étonnement face à la distance, surtout avec un tel poids sur le dos (on est quand même loin des 5 coins de rue) D’ailleurs je pense que ce jour là, Sam aurait accepté n’importe quelle offre : même le diable du Capitaine Dan.

 

Sur la photo, la bière méritée de Sam à son retour.

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